Homebound

Un film de facture européenne 

Titre : Homebound


Traduction : l'adjectif anglais couvrent deux significations, entièrement pertinentes pour le propos du film.  C'est à la fois le trajet de retour chez soi, et le fait d'être confiné à la maison, sans pouvoir sortir.  

Année : 2025

Durée : 2h02

Réalisation : Neeraj Ghaywan (né en 1980), dont c'est le second long métrage après Masaan (2015), également sélectionné au Festival de Cannes.

A la production, on trouve de grands noms : Karan Johar pour Dharma Productions, mais aussi la France, avec Mélita Toscan du Plantier.

Frères d'infortune

Loin des paillettes de Bollywood, le film s'inspire de l'essai de B. Peer, A Friendship, a Pandemic and a Death Beside the Highway, 2020. Les conséquences brutales des mesures de confinement dues au Covid sont exposées dans leur ampleur.

Le film se déroule en grande partie dans un village d'Inde du nord. On accompagne deux amis d'enfance - le musulman Shoaib Ali (Ishaan Khatter), et l'intouchable Chandan Kumar (Vishal Jethwa).

Ces deux jeunes hommes luttent âprement pour atteindre une vie moins humiliante que ce que leur offre leur situation sociale. Leur amitié avec Sudha apporte une touche de lumière dans un quotidien pesant.

Janvhi Kapoor, dans le rôle de Sudha.

Du concours d'entrée dans la police nationale aux solutions d'urgence pour subvenir aux besoins de leurs familles respectives, le combat paraît toujours perdu d'avance, quand arrive l'épidémie du Covid. Un film sous le signe du voyage social, géographique et surtout intérieur.

Une revanche qui ne vient pas

Musulmans comme intouchables subissent de constantes humiliations de la part de la population hindou majoritaire. La pauvreté engendre conflits familiaux, pauvre estime de soi, pauvre soin de soi (les pieds craquelés de mère en fille en destin inéluctable). Les migrants intérieurs et les déplacements de main d’œuvre sont un sujet peu évoqués dans le cinéma indien qui arrive jusqu'au public européen. 

L'héritage de l'intouchable Ambedkar (1891-1956) plane sur le film. Principal rédacteur de la Constitution de l'Inde, il mena une lutte farouche pour faire dépasser le système des castes. On y voit son portrait  accroché au mur à plusieurs reprises. Tous les personnages sont les guerriers de son combat.

Des acteurs en nuances

En trio gagnant, nous avons le plaisir de savourer le jeu tout en nuances d'Ishaan Khatter, Vishal Jethwa et Janhvi Kapoor. Les seconds rôles sont nombreux et soutiennent le ton épuré et la constante tension sociale, économique, affective du scénario.
 
On retiendra :
Harshika Parmar dans le rôle de Vaishali, la soeur de Chandan
Shalini Vatsa qui interprète Phool, la mère de Chandan  

Un film précis et efficace

Le scénario soigné profite d'un montage alerte, et de dialogues de qualité : intelligence et délicatesse pour une image sophistiquée tout en restant réaliste. La vitalité de ces jeunes gens est réjouissante, contrastant avec la désinvolture avec laquelle les structures publiques traite les plus démunis. 

Un rare moment de légèreté

Les castes non dominantes ne sont pas dans les faits protégées : délais interminables et arbitraires dans l'accès aux emplois publics, bastonnades lors des couvre-feu... La négligence publique est coupable.

Les chiffres vertigineux du concours d'entrée dans la police en témoignent : on évoque 2,5 millions de candidats pour 3500 postes. 

Bande-annonce

1mn05 avec sous-titres anglais

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